10 mars 2022

Retour sur notre séminaire dédié au numérique responsable !

14h : la salle (virtuelle) se remplit petit à petit, c’est qu’il commence à y avoir du monde au Chaudron.io ! 

14h05 – Mais qui sont nos invités du jour ? 

  • Emmanuelle Roux : CEO du Chaudron.io et présidente du CINOV Numérique
  • Yaël Benayoun : Cofondatrice du Mouton Numérique, co-auteure de l’ouvrage Technologies partout, démocratie nulle part : Plaidoyer pour que les choix technologiques deviennent l’affaire de tous
  • Pierre Paquot : Co-fondateur de Telecoop – 1er opérateur de télécommunication engagé dans la transition écologique et solidaire

14h07 – Emmanuelle Roux introduit le sujet du numérique responsable 

Quatre messages clés à retenir de l’introduction d’Emmanuelle : 

  1. Le numérique est un facteur de pollution, c’est évident
  2. Néanmoins il est aujourd’hui pris pour cible d’une manière simpliste qui ne prend pas en compte le caractère complexe du sujet 
  3. Le coeur du problème est en effet politique : le rôle et la forme actuelle du numérique résultent de choix politiques 
  4. Le sujet du numérique responsable dépasse donc celui de son impact environnemental

On vous explique un peu plus…

Le point de départ, c’est de se remémorer que le numérique a émergé au début des années 1990 en prônant des valeurs de partage, d’émancipation : c’était le début d’une révolution ! Génial non ? Car oui, consommateurs du numérique que nous sommes aujourd’hui, rappelons-nous que le numérique n’est pas né avec les réseaux sociaux, mais qu’il évolue avec la société et les choix politiques engagés : nos comportements “numériques” sont le résultat de choix politiques. #leNumériqueEstPolitique

“Le numérique porte des promesses et des choix qui ont été faits et qui font qu’on en est là, c’est en cela qu’il est politique”

Alors oui, même en séminaire “numérique responsable” on est désolé de vous annoncer que le numérique n’est pas tout “vert”, et que même s’il nous permet d’éviter de prendre l’avion à tout va grâce aux visio-conférences, l’industrie du numérique pollue. Oui, oui et 1000 fois oui. D’ailleurs, l’intitulé exact de notre séminaire, rappelons-le, était “Numérique responsable, mythe ou réalité ?”… Allez, on continue…

“Globalement l’impact de pollution du numérique est très lié (80 à 90%) à la fabrication des terminaux… qu’on les utilise ou pas (écrans, objets connectés, box, devices…)”

Donc oui, le numérique pollue. MAIS, le numérique responsable n’est pas pour autant uniquement lié à l’environnement. Arrêtons de penser “responsable” = “environnemental”. C’est aussi sociétal : le numérique créateur ou destructeur d’emploi ? Notre consommation du numérique est-elle raisonnée et responsable ? A l’heure du “tout illimité” a-t-on conscience de notre impact numérique réel ?

“On a fait le choix d’un modèle de monétisation “à la vue” (pay per view, pay per clic) ce qui entraîne une course au like, au clickbait, donc à l’émotion”

Et surtout la forme que prend aujourd’hui le numérique est éminemment liée à des choix politiques, qui participent à augmenter son impact environnemental – et social. Par exemple, considérer la culture comme une marchandise en interdisant le partage gratuit, le peer-to-peer, a conduit au règne des plateformes de streaming et donc au modèle de la consommation individuelle via le cloud. De la même manière avec le business model qui consiste à être payé au clic ou à la vue, qui incite à mettre en avant les contenus les plus susceptibles de retenir l’attention…pas forcément les plus véridiques ou subtils…

De la même manière lorsqu’on accuse le numérique de précariser l’emploi : c’est la forme économique actuelle qui conduit à cela, pas le numérique en lui-même. 

Arrêtons de lui faire porter tous les maux ! La question du numérique responsable doit englober tous ces aspects et pas uniquement se focaliser sur l’impact environnemental des mails ! 

“Le combat est de passer à un modèle non libéral et non capitalistique, le numérique n’est pas le cœur du sujet. Ce n’est pas le numérique qui précarise. Non, la culture, la santé, l’éducation ne sont pas des marchandises.”

14h53 – Après un départ sur les chapeaux de roues et un premier tour de table, on se rend compte que le numérique responsable, c’est bien plus large que ce que l’on pensait ! Yaël, the floor is yours !

Le Mouton Numérique est une association qui organise et anime toutes sortes de rencontres (débats, conférences…), et plus particulièrement des débats autour des questions sociétales mises en lumière par l’arrivée du numérique. Au nom du Mouton Numérique, Yaël nous partage sa vision du numérique responsable…

Avec les dispositifs numériques, en tant qu’utilisateur on n’a plus la main, on ne peut pas détourner ou modifier le service, nous perdons la responsabilité de nos usages ! Alors qu’une chaise, par exemple, peut servir à s’asseoir, mais aussi peut servir de support pour une plante ou tout autre fonctions décoratives ! C’est comme nos voitures : avant on pouvait changer nos ampoules, maintenant on ne peut plus !

“Il y a des forces structurelles qui sont en place pour diriger nos comportements : c’est le concept d’affordance” (ndlr : affordance : la capacité d’un objet ou d’un système à évoquer son utilisation, sa fonction)

Plus concrètement, revenons à nos moutons (sans mauvais jeu de mot). Prenons l’exemple de la 5G. Qui s’est dit “tiens, va falloir passer à la 5G parce que la 4G devient limite!” ? 

Réponse : c’est l’Union Internationale des Telecoms, qui a pour objectif de “s’assurer que les réseaux télécoms ne soient jamais surchargés”. Ainsi, par cycles de 10 ans, ils anticipent les usages, qui vont du coup guider les industriels, et influencer nos usages et comportements du numérique. 

Autrement dit, le débat démocratique autour de la 5G a 10 ans de retard, tout est déjà décidé et enclenché, on ne peut plus faire machine arrière. Aujourd’hui, nous devons, nous citoyens, nous concentrer sur les débats de la 6G voire 7G en instaurant des dispositifs de démocratie participative. 

15h55 – Merci Yaël ! Break pour tout le monde, 5min pour se faire un thé avant d’attaquer le dernier témoignage

16h05 – Welcome Pierre ! On ne pouvait pas parler numérique responsable sans penser à Telecoop… Qu’est-ce que Telecoop, et comment cette entreprise s’inscrit activement dans une démarche de numérique responsable ?

Telecoop, c’est le 1er opérateur de télécommunications coopératif engagé dans la transition écologique et solidaire.

Pourquoi écologique ?

Le forfait mobile chez Telecoop s’appelle “sobriété”, pas banal comme nom 😉

Le principe : un forfait téléphonique fixe à 10€ et une facturation réelle de votre usage de données. 1 giga consommé = 2€. 

Au Chaudron, on s’est tous amusé à vérifier notre consommation de giga actuelle sur nos forfaits pour savoir quelle aurait été notre facture Telecoop à la fin du mois, et, c’est pas très beau à voir pour le moment… On a du progrès à faire ! 

Pierre, on vous lance au défi, on attend la box interne “sobriété” !

Pourquoi solidaire ?

  • Parce que c’est une SCIC avec un mode de gouvernance partagée avec à minima 3 parties-prenantes : 

– des producteurs de biens ou de services (salariés, cadres),

– des bénéficiaires des biens et services proposés par la coopérative (clients fournisseurs, habitants, etc.),

– et d’autres types d’associés, personnes physiques ou morales de droit privé ou de droit public, contribuant à l’activité de la coopérative (par exemple : des sociétés, des associations, des artisans, des bénévoles, des agriculteurs, des collectivités territoriales,…). 

Chez Telecoop ce n’est pas 3 mais 5 parties-prenantes: clients, partenaires, producteurs=salariés, bénévoles, membres fondateurs

  • Parce qu’ils ont une gestion éthique et humaine pilotée par une charte qui encadrent la gestion des conditions de travail, qui sécurise les outils de travail et favorise le temps libre
  • Parce que la lucrativité est limitée au même titre que les écarts de salaire

17h02 – L’après-midi est déjà terminée ! Ce que l’on a retenu à la fin de ces trois heures hyper enrichissantes sont…

  1. Le numérique responsable n’est pas qu’une question environnementale, mais politique et sociétale
  2. L’impact des choix politiques et industriels guident nos usages numériques (consommation de gigas, streaming, culture du tout illimité…) et non pas l’inverse !
  3. Chacun, à titre individuel, nous pouvons faire des premiers petits pas pour être numériquement responsable !

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